Ab Sens
J'n'aurais pas dû être une humaine
Parce que j'n'aime pas cette vie de haine,
Où les hommes s'entretuent sans peine,
Pour le pouvoir d'avoir : chose vaine.
Nul ne demeure sur la terre,
Nul n'en est le propriétaire,
Nous ne somm' que des locataires
Empruntant un souffle éphémère.
Les hommes se coursent sur la terre,
Ainsi que des pantins précaires,
Refusant de voir, quelle misère !
Qu'ils se ruent tous vers le cimetière.
Si les hommes n'étaient insensés,
Ils cesseraient de s'fourvoyer,
Ils cesseraient de se piéger,
Ils ne penseraient qu'à s'aimer.
Si la vie humaine n'est que guerre,
Je n'ai pas d'place sur cette terre,
J'ai le coeur broyé sur la pierre
Du coeur de ceux qui sont mes frères.
J'n'aurais pas dû être une humaine,
Parce que sans cesse mon visage saigne,
Sans que jamais je ne parvienne
A tout à fait m'trancher les veines.
Moi, j'aurais dû n'être qu'une image,
Image miroir, éclat de vie,
Image du vide des hommes d'ici,
Ecrasée morte sur une page.
J'aurais dû n'être qu'un personnage,
N'ayant besoin d'aucun courage,
Pour mettre fin à son carnage
En se jetant de cinq étages.
Si j'avais pu écrire la vie,
Peut-être eut elle été jolie.
J'aurais créé un monde sans cri,
Un monde sans pleurs et sans débris.
J'y aurais été une amoureuse.
J'y aurais été une maman.
J'aurais pu être tellement heureuse,
Entourée de tous mes enfants.
Mon ventre réclame de la vie,
Mais l'esprit refuse ce gachis
De mettre au monde des petits
Destinés à accroître les cris.
Et dans un roman réaliste,
Je n'veux pas être capitaliste,
Je n'veux pas être opportuniste,
Je refuse le rôle de l'autiste...
Dans ce roman si réaliste,
Je n'aurais pu être qu'une artiste,
Un clown démasqué, le clown triste,
Un clown se mourrant sur la piste.
Etant malgré tout une humaine,
Etant en vie, malgré moi-même,
Préservant malgré moi mes veines,
J'écris mes meaux, je dis ma peine.
Humaine dans un monde inhumain,
Q'u'il est dur de suivre le chemin,
Sans penser à partir demain,
Sans rêver de sa propre fin.
Je l'ai tellement imaginée,
Je m'y suis tellement préparée,
Que je suis celle qui en pensée,
S'est déjà mille fois tuée.
Delphine Tret